Dans le monde des affaires, les délais de paiement font partie de la réalité. Ils ne sont pas, par essence, un abus : souvent, ils répondent à un besoin de gestion de trésorerie, surtout dans des secteurs où les cycles de production sont longs et les marges serrées. Mais, mal maîtrisés, ces délais peuvent asphyxier un fournisseur, casser la chaîne de valeur et créer un effet domino qui fragilise tout un secteur. Et c’est là toute la complexité : l’entreprise qui subit aujourd’hui un délai de paiement prolongé est peut-être la grande entreprise de demain… qui, à son tour, aura besoin de respirer et de lisser ses flux de trésorerie.
Les délais de paiement, la nécessité
Les délais de paiement ne sont pas nés du hasard. Ils trouvent leurs racines dans :
- Les cycles d’exploitation longs : temps de production, livraison, facturation et encaissement peuvent s’étendre sur plusieurs mois.
- La gestion de trésorerie : étaler les paiements permet à certaines entreprises de financer leurs opérations courantes sans recourir immédiatement au crédit bancaire.
- La nature interconnectée des relations commerciales : aujourd’hui fournisseur, demain client. Les acteurs échangent parfois des “délai pour délai” afin de maintenir des relations stratégiques.
- L’accès limité au financement : dans de nombreux pays africains, le crédit reste coûteux et difficile d’accès, ce qui pousse certaines entreprises à utiliser leurs fournisseurs comme source de financement indirecte.
Les délais font donc partie de l’écosystème et viennent résoudre des problématiques naturellement présentes dans ce dernier. Le problème n’est donc pas leur existence, mais leur excès.
- Dans l’UEMOA et la CEMAC, les délais contractuels usuels en B2B se situent entre 30 et 90 jours.
- Au Cameroun, il n’existe pas de plafond légal général pour tous les paiements B2B.
- Résultat : dans certains secteurs, on observe des délais de 120, 150 jours, voire plus.
Au-delà d’un certain seuil, les effets sont destructeurs : Tensions de trésorerie graves pour les PME, qui peinent déjà à survivre, pouvant entrainer leur chute.
Les réformes récentes et leurs limites
La Loi n°2025/010 du 15 juillet 2025 portant régime de la sous‑traitance au Cameroun est entrée en vigueur. Elle impose une avance minimale de 30 % à verser avant démarrage, un délai maximum de paiement fixé à 60 jours, sous peine d’intérêts moratoires, des sanctions lourdes en cas de non-respect (amende jusqu’à 75 % de la valeur du contrat, interdiction de soumissionner…).
Ces reformes présentes néanmoins des limites :
- Cette loi ne s’applique qu’aux relations formelles de sous-traitance (publiques ou privées), pas à toutes les transactions B2B classiques.
- Même avec 30 % d’avance, si le reste est payé tardivement, la trésorerie reste sous pression.
- L’efficacité dépendra aussi de la capacité à contrôler et sanctionner réellement sur le terrain.
Le rôle des organisations professionnelles
La problématique des délais de paiement dépasse les relations bilatérales entre clients et fournisseurs : elle touche à la santé globale de l’écosystème économique. C’est pourquoi les organisations professionnelles, qu’il s’agisse d’associations sectorielles, de groupements interprofessionnels, de chambres de commerce ou de syndicats patronaux, ont un rôle stratégique à jouer:
- Plaidoyer auprès des pouvoirs publics;
- Élaboration de codes de bonnes pratique;
- Médiation et prévention des conflits;
- Formation et diffusion de solutions;
- Collecte et publication de données.
Les outils pour évoluer dans cet environnement
Réformer les pratiques prendra du temps. En attendant, les entreprises peuvent s’outiller pour sécuriser leur trésorerie.
Dans cette logique d’adaptation à un environnement où les délais de paiement sont structurels, Yellow apporte une solution opérationnelle : avancer les fonds aux entreprises sur la base de factures en attente, et ce, en trois jours seulement. Ce principe, connu sous le nom d’affacturage, consiste à régler rapidement le fournisseur, puis à se faire rembourser par le client à l’échéance prévue.
Ces outils ont effectivement un coût, mais il doit être mis en perspective. L’objectif n’est pas seulement de soulager la trésorerie, mais aussi de donner aux PME formelles la capacité de poursuivre leurs projets, honorer leurs engagements et saisir des opportunités de croissance, même lorsque les délais contractuels sont longs.


